Quel que soit son niveau, tout coureur s'est forcément posé la question ou s'est vu poser cette question par des proches au moins une fois... et il faut bien avouer qu'à moins d'y avoir réfléchi auparavant en réalisant un processus d'introspection long et complexe (ou d'avoir carrément sollicité l'aide d'un professionnel de la psychologie) la réponse n'est pas du tout évidente.

Pour avoir eu à répondre à cette question à plusieurs reprise, je vous soumets quelques pistes de réflexion personnelles avant de vous donner ma propre réponse.

1/ Courir pour le plaisir

Evidemment, c'est la première réponse qui vient à l'esprit. En effet, la course est avant tout un loisir pour l'immense majorité d'entre nous et "loisir" rime avec "plaisir".

Qui n'a pas entendu au moins une fois, le coureur parler de cet état de grâce et de plénitude sereine que lui procure sa sortie matinale ou nocturne de course à pied? Cette extase renouvelée que les sédentaires ne peuvent pas comprendre?

Un médecin de ma connaissance a avancé 2 explications:

  1. Les chocs répétés des pieds sur le sol provoque la stimulation de la sécrétion d'endorphines (l'hormone anti-douleur) et donc le bien-être ressenti pendant l'effort
  2. L'activité de course à pied, très consommatrice en oxygène pour l'organisme provoque un déficit d'oxygénation du cerveau et donc un état de douce euphorie cotoneuse, à l'instar du dramatique jeu du foulard pratiqué par les collégiens

Très bien. Bon... cela dit, c'est un peu court et c'est surtout faire abstraction des petits inconvénients du coureur à pied: la douleur liée à l'effort, la frustration de ne pas se sentir en forme ou de ne pas avoir pu respecter son plan d'entrainement, les carences de tout poil qui ne manque pas d'apparaitre...

2/ courir par besoin

Oui évidemment! cette maudite sécrétion d'endorphine qui provoque l'accoutumance et qui permet de justifier à son conjoint ou à sa famille le besoin impérieux de "sortir" pour aller "bouffer le bitume".

Oui... sauf que je n'ai personnellement jamais rencontré de personnes qui ne peux absolument pas se passer de course à pied pendant quelques jours et je connais des coureurs qui, je pense au vu de leur kilométrage annuel, auraient dû atteindre cet état d'addiction depuis longtemps déja...

Et franchement, le besoin est plus psychologique que physique: c'est dur de se sentir régresser et peu à peu s'approcher de l'état de mollusque flasque juste bon à zapper sur la TNT au lieu de s'entrainer durement pour hausser son niveau et rêver aux objectifs les plus fous !!!

3/ courir pour atteindre un objectif

L'atteinte de l'objectif révé est évidemment un très bon moteur. Comme un musicien qui répéte inlassablement ses gammes, le coureur suit minutieusement son plan d'entrainement avec ses séances de pistes tellement jouissives et ses sorties longues, voire très longues, qui vous bouffent une bonne partie du week-end. En plus, atteindre l'objectif signifierait la fin des haricots? On peut évidemment se fixer de nouveaux objectifs mais ça risque de devenir lassant à la longue...

Bon d'accord, ça peut effectivement être une bonne raison, mais c'est dramatiquement terre à terre comme raison, non? et en plus vouloir atteindre à tout prix un objectif peut être une source importante de stress au quotidien.

4/ courir pour le stress que cela procure

Tiens, en suivant le raisonnement, on tombe dans une contradiction flagrante avec la première raison (le plaisir) sauf à avoir du plaisir dans le stress (voir le point suivant)... Là, on est plus dans une raison qui nous rammène à nos origines: j'imagine que l'homme préhistorique ne courait pas vraiment pour son plaisir personnel mais plutôt pour une raison pratique: fuir le danger, se dépêcher de rentrer avant la nuit, attraper sa subsistance etc... Finalement la recherche du stress est un retour aux sources !

Evidemment, c'est pas vraiment la réponse la plus évidente à la question initiale. Et qui dis stress, dis inconfort, voire douleur.

5/ courir par sado-masochisme

Serge Cottereau (multi-vainqueur des 100km de Millau entre autre, je me prosterne humblement) indique que les 3 défauts du coureur sont: l'impatience, l'orgueil et le sado-masochisme. Ce n'est pas tout à fait faux...

  • Le coureur est impatient d'atteindre ses objectifs, de revenir de blessure...
  • Il faut une bonne dose d'orgueil pour s'aligner sur un marathon
  • Il faut vraiment être sado-masochiste pour aimer se faire mal

Bon...

Ma réponse très personnelle à la question du titre est en fait... un mélange de toutes les mauvaises raisons précédentes. Je cours personnellement parce que :

  1. Je prends du plaisir à rendre naturel un effort qui ne l'est pas pour tout le monde: la course est l'effort le plus basique après la marche. J'aime cette sensation que me procure une sortie d'1 heure en courant qui ne me coûte pas plus qu'une ballade d'1 heure en marchant
  2. J'ai besoin de courir plusieurs fois par semaine pour me sentir actif et en paix avec moi-même
  3. J'ai des tas d'objectifs que je n'atteindrai certainement jamais mais finalement "la quête est plus importante que le graal" et l'objectif est le carburant de base du coureur (avec l'eau)
  4. J'adore cette sensation de stress qui précéde le départ d'une course un peu folle ("mais qu'est-ce que je fous là ???")
  5. J'aime la sensation sado-maso qui consiste à avoir conscience de tous les muscles de mon corps, même ceux dont je ne soupçonnais même pas l'existence, après un effort violent. Et en toute franchise, descendre les escaliers en crabe m'a toujours fait hurler de rire...

Bref, je cours pour me sentir un peu plus vivant.