Levé 06h00 pour prendre un petit déjeuner conséquent: pain, gatosport, café. En fait pas vraiment plus copieux que d'habitude car le stress de l'avant course me coupe un peu l'appétit. Davis vient me chercher à 07h00, direction place de l'étoile. On trouve une place pour garrer la voiture facilement, on peut donc commencer à se *préparer*, c'est à dire:

  • trouver des toilettes pour les besoins de derniers moments
  • mettre la crème NOK là ou c'est censer frotter
  • boire un peu et préparer notre ceinture

Filous nous rejoint vers 08h15, on peut donc se diriger vers les SAS de départ. Grand ciel bleu, température un peu fraiche mais la fête est bien là. On passe le SAS de départ avec 10' on compteur. Pendant ces premiers kilomètres il faut bien faire attention à ne pas se laisser emporter par la liesse populaire, des secondes gagnées ici vont se payer après. Nous sommes pil-poil dans nos objectifs avec des temps de passage proche de 5'30. Certains kilomètres sont plus rapides que d'autres mais on se sent bien, et on fait surout attention à ne pas aller trop vite. Les 10 premiers kilo sont parcourus en 53'33. Ensuite c'est direction le bois de Vincennes, pas grand chose à dire si ce n'est que je sens que mes mollets sont durs. Je ne prête pas trop attention à ces raideurs que je mets sur le compte du repos que je me suis accordé ces 10 derniers jours. On boucle le semi en 1h55, là encore c'est exactement ce que l'on avait prévu de faire. Dans le 21ème kilomètre je sens bien poindre une crampe dans le mollet droit, j'essaye donc d'allonger la foulée en tirant sur la jambe mais rien à faire la crampe arrive. Au kilomètre 22 je fais signe à mes deux confrères que je ne peux pas suivre le rythme et je les vois donc s'éloigner, 300m plus loin la crampe au mollet me terrasse. Je tombe, j'ai juste le temps de me mettre sur le trottoire. J'alpague un spectateur en tenu de course en lui demande de me tirer la jambre. Visualiser bien la scène:

  • je suis allonger au km 22, sur le dos
  • j'hurle sur un inconnu de me maintenir la jambe droite et de tirer

Cet inconnu (mon sauveur) était en fait un pompier à la retraite, il sait donc exactement quoi faire. La scène de l'étirement dure bien 2 minutes avant que je puisse envisager de me relever. Le pompier/spectateur me dit de ne pas appuyer sur la jambe crampée, sa femme me donne gentillement une bouteille d'eau qu'ils devaient garder pour un autre coureur.

Je repars, clodicloquant avec en tête que nous sommes au kilomètre 22, soit à peine plus que la moitié du parcours. Je marche en faisant bien attention de ne pas appuyer sur mon mollet mais se sont des crampes aux talons qui prennent le relais, je m'arrete à nouveau pour étirer mes talons et je repars. Les gens m'encourage mais je sens que pour moi le marathon c'est très compromis.

Ma famille doit me retrouver entre le kilomètre 23 et 24, à ce moment précis de la course je marche depuis 2 kilomètres et je suis exactement à 50m de chez moi. J'ai envie de tout arrêter, de rentrer chez moi et de me reposer. Je me reprends car après tout mon objectif c'est de finir ce marathon et la crampe va bien finir par s'en aller, non ? Ma femme fait quelques mètres à mes côtés, je lui raconte mes aventures, elle est toute dépitée, un peu déçue comme si cette course se faisait à deux, ca me touche et m'encourage à continuer.

Au ravitaillement du 25ème je prends de l'eau (2 bouteilles) et je continue à marcher, j'ai maintenant des crampes aux deux mollets mais également aux deux cuisses. Je sens que ce n'est pas bon pour moi mais je continue à marcher en accélerant légèrement le pas. Je mets entre 9 et 10 minutes pour faire un kilomètre, je me mets donc à compter pour voir si en marchant jusqu'au bout je suis toujours dans les délais pour finir ... mon objectif à ce moment précis de la course est de finir en 5h30 et surtout de ne pas écrire une note sur ce blog qui raconte mon abandon !!

Je vais essayer de controler mes crampes pendant les deux kilomètres suivants (26,27), je ne m'arrete pas, je bois tout ce que je peux. Je bois tellement que les deux bouteilles du précédent ravitaillement ne me suffisent pas, je fais donc les *poubelles* du marathon à savoir les bas cotés :-), je me baisse péniblement à chaque fois que je finis une bouteille pour en prendre une autre. Heureusement que j'avais pris avec moi un bouchon pour boire plus facilement, je le mets sur chaque bouteilles ramassées.

Je passe le 27ème et je me surprends même à courir un peu pour voir dans quel état je suis, c'est pas le top mais ca me remonte un peu le moral. J'accélère un peu plus à chaque kilomètres:

  • 27: 8'46
  • 28: 8'05
  • 29: 7'39
  • 30: 7'01

Je trouve mon rythme entre course à allure modérée et marche dès que je sens que les muscles *battent*, prémices d'une crampe.
Je fais les kilomètres suivants en courant presque tout le temps, jusqu'au 33ème. Je commence à me dire que je peux finir ce marathon et qu'il n'est plus question d'abandonner. Au 35ème je m'arrete pour me faire masser debout car je suis pas sur de pouvoir repartir si je m'assois, je fais également attention à marcher dès qu'une montée se présente (et à ce niveau du parcours j'ai l'impression que ca ne finissait pas de monter) afin de ne pas trop solliciter mes muscles.
A ce moment de la course je me dis que Davis et Filous doivent pas être pas loin de l'arrivée et que je veux moi aussi, voir ce fameux 42ème km. Chaque pas peut potentiellement déclencher une crampe, j'ai bien essayer de m'étirer mais ca provoquait des crampes à d'autres endroits j'ai donc opté pour ma technique: marche/course mais surtout on ne s'arrête pas.

Je passe le km 37, je n'ai absolument aucune idée d'ou je me trouve par rapport au parcours, j'ai enchainé (si on peut dire) les kilomètres concentré sur mes jambes avec comme objectif d'atteindre le suivant. Ca doit faire maintenant 4h10 que je 'cours' et je me dis que les 4h45 sont à ma portée (étonnant comme constat quand on sait que j'étais dans le SAS des 3h45).

Depuis le 27ème j'ai passé chaque panneau kilométrique en courant, même si je démarrais ma course quelques mètres avant, pour moi c'était important. J'ai décomposé chaque km en 300-400-300, je cours 300m, je marche 400m et je recours 300m. Ca marche pas trop mal, et je mets maintenant 7' pour faire une kilomètre. Je marche encore une peu pendant le 40ème et le 41ème mais c'est surtout pour être sur de courir le 42ème en entier. Les derniers 195 mètres ont été durs, mes jambes étaient a la limite de la rupture mais finalement ca a tenu.
J'arrête mon chrono qui indique 4h47'00, j'ai fini, je suis marathonien.

Je récupère pancho et médaille puis direction la sortie, je me dirige machinalement vers la voiture tout en pensant que Davis est déja rentré depuis bien longtemps et pourtant non :-), ca m'a vraiment fait plaisir. Je lui raconte ma course avec un mélange d'étonnement (j'ai fini) et de décéption (tout ca pour ca).

on peut vraiment dire que je suis passé à côté de ma course, au 23ème je ne donnais pas cher de ma peau et juste l'idée de finir me parraissais hors de portée, finalement j'ai fini ce qui est le seul élément qui me donne un peu de satisfaction: je n'ai pas abandonné :-)
je suis content mais pas fier de moi, ca sera pour l'année prochaine !!